Témoignage

J’ai 52 ans, je suis policière depuis plus de 27 ans, j’ai été une mère de famille monoparentale de deux jeunes qui ont aujourd’hui 24 et 23 ans. Ma vie a été un parcours parsemé de souffrance.

MARS 1998 je fais ma première tentative de suicide avec mon arme de service à mon domicile, je suis désarmée par des collègues qui se présente chez-moi et je suis transportée par eux pour une hospitalisation en psychiatrie à la Cité de la Santé.

Diagnostic de problème en santé mentale ; plusieurs médicaments sont essayés de façon sporadique durant plusieurs années et finalement depuis plus de 12 ans je prends des médicaments afin de maintenir en équilibre ma santé mentale.

JUIN 2006 je fais ma deuxième tentative de suicide dans le vestiaire des policières du poste de police où je travaille, je suis désarmée par mon commandant et transportée en ambulance à la Cité de la Santé. Cette deuxième tentative est due à un stress intense accompagné d’une trop grande quantité d’alcool qui a détruit les effets de la médication dans mon cerveau créant un débalancement de la sérotonine et la dopamine qui se doivent d’être en équilibre pour être en bonne santé mentale.

Ma vie en survol ressemble à ceci :

  • À 23 ans je me marie,
  • À 25 ans je fais mon entrée dans la police et je suis la seule femme sur ma relève de travail avec les défis que cela comporte,
  • À 27 ans je mets au monde ma première fille, à 28 ans mon fils arrive à son tour,
  • À 31 ans avec mon conjoint on fait l’auto-construction d’une maison suivie d’une dépression majeure avec médication et thérapie.
  • À 32 ans je suis victime d’une agression sexuelle suivie d’un divorce, de recours judiciaire pour pension alimentaire et d’un déménagement,
  • L’été de mes 32 ans j’ai un accident de la route majeure, des problèmes avec l’impôt et des relations amoureuses difficiles et compliqués pour une maman monoparentale.
  • À 34 ans ma fille entre en première année et éprouve des difficultés d’apprentissages dû à un trouble déficitaire de l’attention accompagné d’hyperactivité sous l’appellation du TDAH……la suite fût l’arrimage entre les psychologues, orthopédagogues, pédiatre, tuteur à la maison, professeur à l’école et le contrôle de la médication.
  • Durant ce temps la super woman policière continue de performer au travail…..et vie des événements policiers parfois traumatisant.
  • À 36 ans comme je vous l’ai dit au début c’est ma première tentative de suicide suivie d’un arrêt de travail prolongé.
  • À 40 ans deuxièmes mariage, oui on pense ne pas faire les même erreurs…….je vis une reconstitution familial difficile accompagné d’un déménagement et en même temps j’ai un deuxième procès avec le père de mes enfants pour la pension alimentaire,
  • À 44 ans je vis ma deuxième tentative de suicide que je vous ai déjà expliqué plus haut……retour rapide au travail…..jugement de mes collègues policiers et les 2 années qui ont suivi j’ai été transféré plus d’une douzaine de fois d’endroits au sein de mon organisation en souffrant du jugement que mes collègues avaient à mon endroit et ceci souvent même avant que j’arrive en place.
  • À 46 ans je vis mon deuxième divorce accompagné de beaucoup de difficulté financière.
  • À 48 ans une opération majeure à une épaule suivi d’une convalescence de 6 mois.
  • À travers ma carrière de policière j’essaie 4 fois les examens de promotion de sergent-détective mais mon niveau d’anxiété qui est associé à ma santé mentale me fait échouer à chaque fois l’ultime étape de l’entrevue…..la quatrième fois fût un dure coup…..pour mon ego……
  • À 50 ans une remise en question et un flash back me fait porter plainte de mon agression sexuelle vécue voilà pratiquement 20 ans et soulève des conflits familiaux
  • À 51 ans après 5 ans de relation avec un conjoint je me sépare à nouveau
  • Un autre échec de couple….je me sens perdue et abattue mais je ne veux pas retourner avec mes idées noires alors j’entre dans une première thérapie suivi d’une deuxième quelques mois plus tard et finalement la dernière que j’ai vécue en août dernier à La Vigile grâce à l’information qui m’a été transmise par une amie ici présente et qui est la sœur du policier Guy Germain que j’ai connu soit le dernier policier à s’être suicider au SPVM…..Guy si on avait su l’existence de cette maison qu’est la VIGILE peut-être que tout aurais pu être autrement……pour toi et pour moi……

Une véritable révélation cette maison…..enfin un endroit où l’on peut se sentir bien parmi des gens qui vivent les mêmes souffrances que soi….ces pairs avec qui l’on peut parler sans peur du jugement……j’ai pas eu la chance d’avoir une maison de ce genre en 1998 ou en 2006 cela aurait fait toute une différence dans le parcours de ma vie…..ce parcours je tenais à vous le racontez pour que vous compreniez la nécessité d’une maison comme LA Vigile qui permet de vivre un parcours moins ardue que le mien. Tout ce qui m’est arrivée peut arriver à tout le monde car personne n’est à l’abri. La Vigile est un endroit de repos, de transition, de répit pas mal mieux qu’un hôpital, un endroit en retrait de nos vies stressantes, un endroit où l’on peut se ressourcer nous les gens que nous sommes en uniformes sans la peur du jugement, un endroit pour penser à nous, avec des thérapeutes compétents, des soins personnalisés à chacun de nous. En 1998 lorsque je suis allée en psychiatrie pensez-vous que je me sentais au bon endroit…..NON…..mais entrée dans une maison comme la Vigile c’est de loin pas mal plus rassurant, plus humain et c’est ce que j’ai ressenti lorsque j’y suis venu en août dernier. Un policier, un ambulancier, un pompier ou un militaire c’est aussi un être humain derrière son uniforme mais comme on nous apprend à penser aux autres pour bien faire notre travail on oublie souvent que derrière la carapace…..derrière la veste pare-balle, on est nous aussi des êtres pouvant vivre de la souffrance accompagné d’un mal de vivre qui mérite d’être écouter et aider. On est au service des citoyens pour régler leurs problèmes mais on ne sait pas comment régler nos problèmes à nous et on n’ose pas demander de l’aide. On ne veut pas aller aux mêmes endroits que l’on amène les citoyens qui ont besoin d’aide car on a honte de nous-mêmes…..Voilà pourquoi une maison comme la Vigile a sa raison d’être.

Un problème de SANTÉ MENTALE N’EST PAS UN SIGNE DE FAIBLESSE MAIS UN SIGNE QUE CETTE PERSONNE EST DEMEURÉ TROP LONGTEMPS FORTE…..

Mon souhait d’aujourd’hui c’est que mon témoignage puisse servir à réveiller la communauté en uniforme afin de faire tomber les tabous envers la santé mentale ou les autres souffrances humaines. J’ai beaucoup souffert en silence dans ma vie et je souhaite maintenant que mes paroles puissent donner le courage à d’autres de parler avant qu’il ne soit trop tard. ….
Vous savez à la lumière de ce que j’ai vécue à la maison La Vigile je rêve du jour où il y aura plusieurs maisons comme celle-ci et surtout du jour où il y en aura une dans la région métropolitaine. Je souhaitais accomplir un jour ce rêve si Dieu le veut…..

Un merci spécial à M. Jacques-Denis Simard de m’avoir donné cette opportunité de témoigner aujourd’hui.

Merci à vous tous de votre écoute……

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